Accompagnement éditorial
Conseil éditorial externe auprès d'une institution culturelle autour d'une biennale de design. Relecture et édition des textes, conseil sur le corpus, mise en perspective d'auteurs classiques au service d'une cause contemporaine.
Périmètre de la mission
Conseil éditorial externe : relecture et suggestions sur les textes existants, conseil sur le corpus et la mise en perspective, contribution au dossier de presse, conseil stratégique sur la diffusion.
Pari éditorial
Contribuer à un discours éditorial qui ne se contente pas de proclamer la nécessité d'un design soutenable, mais qui ancre cette urgence dans une généalogie intellectuelle longue. Convoquer la pensée critique du XXe siècle (Barthes, sémiologie des objets, théorie des matières) pour montrer que les questions de matérialité et de rapport au monde se posent depuis bien plus longtemps que la crise climatique contemporaine.
Architecture éditoriale
Conseil sur la sélection de textes fondateurs (essais, fragments, mythologies) qui dialoguent avec les questions actuelles du design responsable, et participation à la conception d'un appareil critique (présentations, mises en contexte, ponts thématiques) qui rend l'essence des textes et les arguments scientifiques lisibles et accessibles.
Édition
Coupe éditoriale de l'essai pour une lecture publique. La coupe conserve la trame et la frappe du texte original, tout en mettant en relief les passages qui résonnent avec les enjeux contemporains de la matérialité.
Roland Barthes · Mythologies · Le plastique (1957)
En 1957, le sémiologue et écrivain Roland Barthes visite une exposition parisienne célébrant le plastique, cette matière miraculeuse qui promet de tout transformer. Dans Mythologies, ouvrage qui lui permet de questionner les signes de son temps, il observe avec une lucidité troublante ce nouveau matériau qui fascine ses contemporains.
Ce qu'il décrit alors, l'ubiquité d'une substance artificielle remplaçant progressivement toutes les matières naturelles, résonne aujourd'hui comme une prophétie : que devient notre rapport au monde quand nous perdons le lien sensible aux substances de la Terre ?
Plus qu'une substance, le plastique est l'idée même de sa transformation infinie, il est, comme son nom vulgaire l'indique, l'ubiquité rendue visible. [...] Dans l'ordre poétique des grandes substances, c'est un matériau disgracié, perdu entre l'effusion des caoutchoucs et la dureté plate du métal : il n'accomplit aucun des produits véritables de l'ordre minéral, mousse, fibres, strates.
Mais ce qui le trahit le plus, c'est le son qu'il rend, creux et plat à la fois ; son bruit le défait, comme aussi les couleurs, car il semble ne pouvoir en fixer que les plus chimiques.
C'est la première matière magique qui consente au prosaïsme : pour la première fois, l'artifice vise au commun, non au rare. Et du même coup, la fonction ancestrale de la nature est modifiée : elle n'est plus l'Idée, la pure Substance à retrouver ou à imiter ; une matière artificielle, plus féconde que tous les gisements du monde, va la remplacer, commander l'invention même des formes. Un objet luxueux tient toujours à la terre, rappelle toujours d'une façon précieuse son origine minérale ou animale, le thème naturel dont il n'est qu'une actualité. Le plastique est tout entier englouti dans son usage : à la limite, on inventera des objets pour le plaisir d'en user.