Guillaume Logé, sublime solastalgie
Rencontre avec un penseur du sauvage savamment sophistiqué, qui veut tracer une voie pour un renouveau écologique, où l'art rend à l'homme sa juste place dans le vivant.
Nicolas Bouvier l'appelait la « précieuse connivence avec les choses », Guillaume Logé lui, appelle cela « vivre dans le Musée Monde ». Chercheur en esthétique et diplômé de Sciences Po en 2003, Guillaume Logé s'intéresse à ce que l'art dit à l'écologie. Après un essai sur la Renaissance Sauvage sorti en 2018, il publie l'an dernier le Musée Monde, une invitation à revenir aux origines du musée et de l'écologie pour apprendre à faire corps avec la « mouvance ». Portrait d'un intellectuel sensible à la révolte sereine.
Pour un nouveau mythe d'amour
D'une voix calme, il détaille, minutieux et précis l'ambition de son ouvrage. Parler de la beauté du monde bien sûr, affirmer évidemment son attachement au vivant (qu'il nomme plus largement le « mouvant »), surtout proposer une voie pour renouer avec la vie qui nous entoure.
Il cite volontiers Héraclite, de Vinci, Rimbaud, Kenneth White ou Marcel Duchamp, navigue serein des rives de la Grèce Antique à celle de l'Australie, pour constituer un Musée monde au sein duquel chaque objet charrie une kyrielle de sentiments et de souvenirs. Son musée monde est l'heureux symptôme d'une collectionnite aigüe de la beauté du monde, qui opposerait à toutes les divisions par époques ou par courants, un élan vital pour réinventer le monde.
Le regard, corps et esprit associés, est le cœur battant du musée monde. De son écologie découle la qualité de résonnance des œuvres, des savoirs, des cultures, des individualités, humaines et autre-qu'humaines. Il est ce qui nous met au monde, nous invite à l'émerveillement, à la révolte, à l'amour.
Retrouver la fonction poétique de l'art
Son discours combat les maux de notre temps, la distance, l'indifférence, la solitude, l'empressement. Il propose pour répondre à l'impasse écologique dans laquelle nous sommes empêtrés de réapprendre à « être au monde ». Le Musée Monde n'est alors ni un traité d'écologie, ni un simple éloge de l'art, mais plutôt la quête d'une joie lucide.
Amoureux qu'il est de la poésie, il veut faire vivre la prophétie d'Hölderlin et voir l'Homme « habiter poétiquement le monde ». Il raconte son inquiétude face à la montée de sentiments d'éco-anxiété ou tout simplement de la désespérance, son désir profond d'émerveillement et rêve des nouvelles manières de vivre qui peuvent en découler. Son message est limpide, à qui veut s'ouvrir à une certaine vérité, l'art est une force de transformation du monde.
La vision que Guillaume Logé propose est celle d'un ré-enchantement du monde, auquel on peut adhérer à sa guise, pourvu qu'on lui concède une chose : on doit apprendre à aimer.